Souplesse, Éclat et Volume

Mur Vert

Photo montage
20x30 cm

2021

POisChichesJambesBlanc

La question du corps social et du corps intime est un élément central dans la réflexion artistique de M’barka Amor.

Dans un travail autour de la couleur de la peau mené à l’université Lyon III, elle s’exprimait ainsi :
« la peau est le révélateur de ce que nous sommes de manière sociale et politique. Elle donne selon sa couleur une place à l’individu qui a pour conséquence des transformations, des mutations, des déplacements, des luttes, des bagarres, des renoncements, du désamour ; tous ces récits propres à chacun sont le socle d’une aventure que je vous propose ».


L’exposition Souplesse, Éclat et Volume que nous vous proposons se lit comme dans un livre, elle se découpe en plusieurs

chapitres. M’Barka a ainsi conçu l’espace de la galerie comme un récit ou les protagonistes sont disposés dans trois chambres distinctes (de différentes tailles et contenus) et jouent tous le premier rôle.
La thématique de « l’Ailleurs » se retrouve dans chaque production et habite chaque espace. L’artiste invite le visiteur à déambuler au sein des différentes salles. Celui-ci est témoin du dialogue qui se construit entre les œuvres

 

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La première série qui s’intitule « Retour aux Sources » se compose de réalisations représentant des formes sobres et minimalistes issues d’illustrations utilisées dans l’industrie alimentaire et cosmétique orientale. Ces dessins reprennent dans un geste dépouillé et primitif les images imprimées sur les produits de consommation arabes (boites de conserves alimentaires, boites de thés et cosmétiques). Ces visuels sont pour l’auteur le monde des origines, l’origine du trait, dépouillé de tout ornement et origine d’un territoire, d’un ailleurs conté et rêvé.
Dans ces productions abstraites, l’artiste a retiré toute narration pour laisser apparaître la simple image d’un trait, d’une couleur. Cette opération de soustraction tente de multiplier la force de l’imagination.
Comme si l’artiste donnait à voir son carnet de voyage et partageait avec le public un ensemble de réalisations qui s’ancrent dans un vécu et font traces : croquis restitués des différents paysages traversés.

Cette traversée se poursuit justement dans la deuxième série qui se nomme « Un mur vert pour un autre univers » .

M’barka déploie un monde sorti d’un rêve. Dans cette série d’impressions numériques extraites de plusieurs sources : capture d’écran de la vidéo « Now I’m White », visuels de l’orient, images photographiques, elle montre des rencontres fécondes de ces trois points de vue. Il se dégage de cet ensemble un univers onirique et poétique troublé par la présence d’un corps humain peint en blanc sorti d’une mythologie contemporaine.M’barka questionne avec ces deux séries la dimension du territoire, des limites et frontières et notre manière de penser notre présence au monde.Faire monde c’est chercher à désapprendre, à se décentrer. Faire monde c’est pluraliser les points de vue, créer et multiplier les centres. Ainsi M’barka interroge les représentations de l’ici et de l’ailleurs à travers nos imaginaires.

Pour la dernière série « Décor Intérieur », l’artiste accroche un ensemble de sept héliogravures encrés par ses soins. Ces images grand format sont chinées, collectées et sélec-tionnées pour venir ensuite remplir les étagères de l’atelier. Un des processus de création aimé par l’auteur et souvent activé lors des expositions.
Ce groupe représente au premier plan des formes dessinées dans un geste souple et en totale improvisation rempli par des encres de couleurs. Au deuxième plan on aperçoit des intérieurs sacrés, des bas reliefs ou des architectures religieuses en noir et blanc.
Accroché dans la chambre du milieu, cet îlot fait le lien entre les deux autres salles.
Elle vient brouiller la perception et dérégler le cours de l’histoire. En voulant s’ériger au rang de sculpture, chaque image se donne à voir en volume et donne une perspective qui permet le mouvement.

L’exposition Souplesse, Eclat et Volume est pensée comme un parcours ludique qui invite chaque visiteur à faire l’expérience d’un jeu de la perception à chaque instant perturbé.

Abdellah Zerguine
Farida Hamak
Directeurs Artistique de la galerie Regard Sud